De la tontine au « peer to peer lending »

Ou comment le web 2.0 donne une nouvelle modernité aux pratiques traditionnelles de la finance informelle.

Le prêt entre particuliers trouve un regain de vie sur Internet. Nées de la rencontre entre les nouvelles technologies et les évolutions du comportement des consommateurs, les plateformes de « peer to peer lending », qui mettent en relation directement des emprunteurs, particuliers ou entreprises et des prêteurs, sont apparues d’abord dans les pays anglo- saxons : Circlelending, racheté en 2001   par Virgin, devient Virgin Money, Prosper (2005),  Kiva ou Lending Club (2007) nés aux USA,   Zopa (2005), en Angleterre,  se sont ensuite développés à l’international, en Australie, Afrique du Sud, Japon, Italie, en s’adaptant aux contraintes règlementaires locales.

Ces sites organisent les pratiques de prêts entre particuliers, soit en mutualisant les risques, soit en s’appuyant sur des communautés ou des cercles « d’amis » ou familiaux, à l’instar de la tontine traditionnelle. Elles proposent des micro-crédits à visée sociale ou permettent, tout simplement, des conditions de prêts et d’emprunts plus favorables que les circuits bancaires traditionnels.

En France, Babyloan, depuis septembre 2008, est un site de micro-crédit qui permet de prêter à des micro-entrepreneurs dans une vingtaine de pays. L’internaute peut visualiser et choisir le projet qu’il finance. FriendsClear, après avoir mis en place dès fin 2008 une solution dédiée aux prêts familiaux et amicaux, a lancé en février 2010 FriendsClear Pro pour financer des projets professionnels : la plateforme met en relation des particuliers investisseurs et des porteurs de projets. Un nouveau site, « Prêt d’union » créé par un ancien banquier et un consultant devrait voir le jour au premier trimestre 2011.

Ces nouveaux acteurs restent encore marginaux sur le marché du crédit.  Mais ils ont su trouver leur public, dans de nombreux pays, et animent autour d’eux des communautés actives. La crise financière,  en rendant plus difficile l’accès au crédit et en aggravant la défiance vis-à-vis des institutions financières,   favorise le développement de ces solutions alternatives. « The world needs banking, but no bankers » affirme Bill Gates! .


Il convient de rester attentif à ces nouvelles pratiques : ces acteurs alternatifs anticipent les évolutions de comportements et sont source de véritables innovations.

Des innovations, des pratiques et des codes qui seront sans doute repris aussi par les banquiers traditionnels, y compris dans la sphère de la gestion de patrimoine : B for Bank, la banque privée 100% en ligne du Crédit Agricole ne proclame t’elle pas, elle aussi,  la disparition du banquier en affirmant « Mon banquier, c’est moi » ?

Philippe Honoré

Article paru dans l’As Patrimonial N°33-34 novembre décembre 2010

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